L’entrepreneuriat au féminin : un pari gagnant pour l’autonomisation de la femme gabonaise.

Entreprendre, c’est mettre un projet sur pied pour répondre à un besoin particulier. C’est prendre une initiative, décider de lui donner une direction et en devenir responsable.

Dans de nombreuses sociétés, l’entrepreneuriat ne cesse de s’implanter et de contribuer au développement économique et social des pays concernés. En France, par exemple, ce ne sont pas moins de 848 000 entreprises créées en 2020 contre 815 000 en 2019, soit 4% de plus malgré la crise sanitaire (1) .

Cette hausse record se matérialise principalement par la création d’entreprises individuelle sous le régime de micro-entrepreneur (+9%), tandis que les créations d’entreprises individuelles classiques diminuent (-13%) (2). L’entrepreneuriat séduit donc, de plus en plus, dans un contexte où notre rapport au travail est totalement reconsidéré et transformé (3).

Entreprendre, c’est mettre un projet sur pied pour répondre à un besoin particulier. C’est prendre une initiative, décider de lui donner une direction et en devenir responsable. Entreprendre, c’est en somme, créer de la valeur et du développement économique pour ensuite les partager autour de soi et en bénéficier.

La société gabonaise n’échappe pas à l’essor de l’entrepreneuriat. En effet, selon les statistiques du Guichet numérique d’investissement (GNI) rendues publiques en 2021 par Agence nationale de la promotion de l’investissement (ANPI), ce sont près de 6 951 entreprises qui ont été créées entre 2020 et 2021 avec une part de 60% portée par des jeunes actifs (4), contre 1500 entreprises entre 2018 et 2019 (5).

Dans une économie où le chômage des jeunes est galopant et les secteurs d’activité très peu diversifiés, entreprendre peut s’avérer un pari gagnant et ce, en particulier pour les femmes. Ainsi, sur les précédents chiffres révélés, la part de la création d’entreprises par des femmes dans divers secteurs d’activités au Gabon est de 30%.

 

L’Institut Concorde a souhaité mettre l’accent sur le rôle de l’entrepreneuriat dans l’autonomisation économique et sociale de la femme gabonaise dans un pays qui défend depuis plusieurs années, aux côtés d’organismes internationaux, la décennie de la femme sur son territoire.

La décennie de la femme gabonaise, un accélérateur pour l’entrepreneuriat féminin

En 2011, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) identifiait 5 obstacles à l’autonomisation économique des femmes : des politiques de l’emploi et des pratiques de recrutement discriminatoires, un partage inégal des responsabilités au sein de la famille et du ménage, la non-maîtrise des ressources productives comme la terre et les biens, le peu d’accès des femmes aux postes à responsabilité, la surreprésentation des femmes dans les activités mal rémunérées et peu reconnues (6).

C’est pour pallier ces obstacles qu’en 2015, les autorités gabonaises ont lancé le projet
intitulé “la décennie de la femme gabonaise” en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUP) (7). Cette marque d’engagement envers les citoyennes gabonaises a conduit les institutions du pays dans un travail d’intensification de la promotion et la protection des droits de la femme et de promotion de leur autonomisation.

 

Le but poursuivi était ainsi de permettre l’éclosion d’un environnement propice à un développement inclusif de l’économie gabonaise et une meilleure intégration des femmes dans différents secteurs d’activités (8). En effet, il existe un lien intrinsèque entre l’entrepreneuriat féminin et les difficultés rencontrées par les femmes dans la société. Ainsi, le plus souvent, l’environnement dans lequel elles évoluent les conduit à faire le choix d’un entrepreneuriat de nécessité, c’est-à-dire de subsistance, qui crée fort heureusement, des opportunités d’emplois considérables non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leur pays.

 

 

Selon le Rapport général de la situation de la Femme gabonaise (2018), plusieurs facteurs
freinent l’émancipation, l’insertion et l’autonomisation économique et sociale de la femme gabonaise (9).

 

Sur le plan socioculturel, par exemple : “ Considérée comme un éternel enfant, [la femme]est sous la tutelle d’un homme tout au long de son existence et ne peut pas jouir de tous les droits au même titre que les individus de sexe masculin (10) ”. Il convient néanmoins de nuancer cette affirmation puisque de nombreuses études démontrent que la situation des femmes s’est largement améliorée en Afrique (11). Toujours est-il que cet aspect doit être pris en compte et qu’il constitue, dans bien des situations, un réel frein à l’émancipation de la femme gabonaise.

 

Ensuite, sur le plan de l’emploi, le rapport révèle, à la suite d’une étude produite en 2012, une “ majorité de femmes gabonaises (58%) de 15-49 ans travaillent et gagnent un salaire contre 94% des hommes de la même tranche d’âge. Il y a aussi une disparité basée sur l’âge car seulement 16% des jeunes filles de 15 à 19 ans possèdent un emploi rémunéré contre 77% pour les femmes âgées de 45 à 49 ans (12) ”.  Bien que ces données, méritent actualisation, elles traduisent l’une des principales raisons pour lesquelles la femme gabonaise se lance dans l’entrepreneuriat. Celle-ci souhaite se créer des opportunités d’emploi en raison des
obstacles structurels et culturels auxquels elle doit faire face.

 

En réalité, la décennie de la femme gabonaise a été un accélérateur de l’entrepreneuriat féminin en s’attaquant aux diverses contrariétés qui entachent la participation des femmes gabonaises à la construction de la société. Bien plus, elle semblerait avoir contribué à l’affirmation de l’idée selon laquelle l’autonomisation de la femme gabonaise est une condition de son insertion dans la société.

L’autonomisation comme condition de l’insertion de la femme gabonaise dans la société

L’autonomisation, en anglais empowerment, se traduit comme le processus par lequel
davantage de pouvoir est octroyé à des individus ou groupes d’individus afin d’agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques qui limitent leur capacité d’actions (13). C’est donc un concept au service de la valorisation des droits d’une certaine catégorie de personnes qui rencontrent des difficultés à s’insérer sereinement dans la société.


L’autonomisation des femmes a été considérée comme un atout pour l’économie, l’amélioration du développement social des jeunes générations et une meilleure inclusion au sein des institutions publiques (14). Cet état de fait n’échappe pas à la société gabonaise dans laquelle de nombreuses femmes s’organisent en communauté d’entraide pour améliorer leur compétence et leur accès à la formation et à l’information.

 

Actuellement, l’expression la plus flagrante de cette autonomisation se traduit par la création d’entreprises à laquelle les femmes ont recours au travers de l’entrepreneuriat. En effet, l’autonomisation des femmes permet l’émergence d’un environnement propice à leur insertion professionnelle et sociale étant donné qu’elles sont en situation de maîtrise de leurs droits, de leurs ressources et des décisions qui influencent leur quotidien.

 

Elles disposent désormais d’outils renforçant leurs capacités et force est de constater que tous les secteurs d’activités sont pris d’assaut : le numérique, l’agriculture et l’élevage, le cosmétique, la restauration, la communication, le social, l’édition, l’événementiel, la mode, etc. Autant de secteurs dans lesquels les femmes se démarquent par leur savoir-faire et leur volonté de répondre à un besoin détecté.

Mélia MOKOKO, entrepreneur dans le secteur de hôtellerie et de l’agriculture, le confirme. Pour elle, la crise économique que traverse le Gabon depuis de nombreuses années a conduit les jeunes gabonaises à se tourner vers l’entrepreneuriat et à s’adapter à une société en pleine mutation. Toutefois, elle émet une réserve estimant qu’il est nécessaire de bien penser son projet en amont et ne pas hésiter à se faire accompagner par des structures spécialisées dans la conception de projets pour mieux rebondir en cas de difficultés (incubateurs, start-up, associations, etc.) (15).


A sa suite, Marcelle TCHIKAYA, entrepreneure dans le secteur de événementiel et fondatrice de la société ORASSO MBIA, souligne qu’entreprendre n’est pas dans nos moeurs et notre culture, mais que les femmes aujourd’hui se lancent progressivement dans ce secteur parce qu’elles constatent que c’est possible et qu’il y a des besoins à combler dans de nombreux domaines (16). En outre, le manque d’activités en adéquation avec le diplôme obtenu explique le choix de devenir entrepreneur par la valorisation d’une passion ou de compétences ressources afin de générer des revenus et assurer leur autonomie.

 

Ainsi, la nouvelle génération réalise que de nombreux pays se sont développés grâce à des initiatives entrepreneuriales qui ont permis de diversifier leur économie et que les femmes sont de plus en plus nombreuses à sauter le pas. D’ailleurs, plusieurs études s’accordent sur le fait que le continent africain s’affirme comme la terre de l’entrepreneuriat féminin. En effet, d’après les experts, les femmes sont à l’origine de 65 % de la richesse du continent. Un phénomène qualifié d’unique au monde qui intéresse de plus en plus d’investisseurs occidentaux, mais que nous devrions prendre avec des pincettes au regard des disparités d’expériences observées selon les pays africains concernés (17).


En tout état de cause, acquérir une autonomisation économique plus grande par l’entrepreneuriat représente pour les femmes gabonaises, une opportunité de disposer des moyens de participer au processus de croissance et d’en tirer profit d’une manière qui leur assure la reconnaissance de la valeur de leurs apports et le respect de leur dignité.

 

 

PRÉCONISATIONS

Partout en Afrique, les femmes sont considérées comme la colonne vertébrale de l’économie. Très présentes dans la création d’entreprises à l’échelle mondiale, elles se positionnent sur des secteurs de pointe tels que l’agriculture, le numérique, l’agroalimentaire, les services, etc… et ne cessent de se démarquer par les chiffres d’affaires générés et l’organisation de communautés d’entraide qu’elles mettent en place.

 

Les Gabonaises sont également concernées par cette réalité comme nous avons pu le démontrer tout au long de notre article. Rencontrant des difficultés d’insertion dans le monde du travail pour la plupart, ainsi que des barrières culturelles fortes pour d’autres,
l’entrepreneuriat représente pour elles une porte d’entrée et une occasion de créer leur propre emploi.


L’Institut Concorde considère toutefois que, malgré les chiffres encourageants sur la question de l’entrepreneuriat féminin, des efforts sont encore à fournir dans ce domaine et se propose, à cet effet, de soumettre ces quelques recommandations :


– Mieux communiquer sur les financements disponibles pour accompagner les
entrepreneures gabonaises
Plusieurs études ont démontré que l’accès des femmes au financement de leur(s) activité(s) entrepreneuriale(s) est souvent limité. Pourtant, elles sont plus nombreuses que les hommes à se lancer dans l’entrepreneuriat, notamment dans des pays en voie de développement. C’est la raison pour laquelle, nous préconisons de répertorier les moyens de financements disponibles au Gabon (crédit bancaire, microcrédit, etc.), vulgariser leur existence afin de les rendre accessibles à tous. En ce sens, nous pensons que l’une des urgences serait peut être d’accélérer le mouvement de bancarisation des femmes gabonaises en raison du caractère indispensable des banques aux différentes étapes de la vie d’une entreprise.


– Encourager le réseautage porté par des structures locales
Le réseau est un levier particulièrement puissant dans les affaires. En Afrique, les femmes s’organisent très souvent financièrement au travers des systèmes de tontines qui leur permettent une possibilité d’épargne solide et une communauté d’entraide efficace. En ce sens, il s’agirait de créer ou encourager des réseaux de Femmes susceptibles de proposer des formations, des colloques, des rencontres, du mentoring afin de se former, s’informer et se soutenir. Le Réseau Femme Lève-toi ou encore Femmes actives du Gabon (FADG) sont d’excellents exemples.


– Former les entrepreneures gabonaises à la gestion financière et comptable dans l’entrepreneuriat
La question de la gestion financière est très souvent minimisée dans un projet entrepreneurial. Cela semble s’expliquer par le fait que la plupart des femmes africaines se lancent dans l’entrepreneuriat de nécessité pour obtenir des gains de subsistance. La gestion financière et comptable est un atout pour faire prospérer son business. Par conséquent, il faudrait encourager les jeunes entrepreneures à se rapprocher de structures telles que l’ONG Junior Achievement Gabon qui soutient la jeunesse gabonaise à travers des programmes de formations liés à l’éducation financière, l’employabilité, l’entrepreneuriat et l’insertion professionnelle (18).

(1) Hugo GOURDON, “Un nouveau record de création d’entreprises en 2020 malgré la crise sanitaire”, INSEE Première, n°1837, février 2021.


(2) Idem.


(3) Boris MANENTI et Agathe RANC, “La fin de l’ambition : enquête sur notre nouveau rapport au travail”, L’OBS, n°3005, mai 2022, pp. 23-27.


(4) Henriette LEMBET, “Gabon : plus de 60% des entreprises créées par des jeunes entre 2020 et 2021”, Gabon
Média Time, 3 août 2021, disponible sur www.gabonmediatime.com/gabon-plus-de-60-des-entreprises-
creees-par-des-jeunes-entre-2020-et-2021/ .


(5) Sandrine GAINGNE, “ 4000 entreprises créées au Gabon en sept mois grâce au guichet numérique de
l’investissement ”, Le Nouveau Gabon, disponible en ligne www.lenouveaugabon.com/fr/economie/1201-
16317-4000-entreprises-creees-au-gabon-en-sept-mois-grace-au-guichet-numerique-de-l-investissement#:~:text=En%20effet%2C%20entre%202018%20et,crise%20de%20la%20Covid%2D19.

 

(6) OIT, “Question spéciale : parvenir à l’autonomie économique et sociale des femmes et à l’égalité entre les
hommes et les femmes”, 12ème réunion régionale africaine, 2011, disponible en ligne
https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—ed_norm/—
relconf/documents/meetingdocument/wcms_164295.pdf .


(7) Ministère de la santé, de la prévoyance sociale et de la solidarité nationale, Décennie de la femme gabonaise
2015-2025, 2018.


(8) Fondation Sylvia Bongo Ondimba, Note d’information : Stratégie de promotion des droits de la femme et de
réduction des inégalités Homme/Femme au Gabon, 2020, disponible en ligne
www.sylviabongoondimba.org/assets/uploads/resources/Dossier_d_information_WEB__1_.pdf .


(9) Ministère de la santé, de la prévoyance sociale et de la solidarité nationale, Rapport général sur la situation
de la femme gabonaise, 2018.


(10) Idem.

 

(11) ONU Femmes, Le progrès des femmes dans le monde 2019-2020, ONU Femmes, 2019.


(12) Ministère de la santé, de la prévoyance sociale et de la solidarité nationale, ibid., p.12.


(13) Deepa NARAYAN (dir.), Autonomisation et réduction de la pauvreté : outils et solutions pratiques, Banque
Mondiale, Editions Saint-Martin, 2004.


(14) Ana REVENGA et Sudhir SHETTY, “L’autonomisation des femmes, un atout pour l’économie”, Finances et
développement, Mars 2012, pp. 40-43.

 

(15) Interview Concorde, L’entrepreneur gabonais : environnement et vision, 31 mars 2022, disponible sur
www.youtube.com/watch?v=OtnmMRgvNg8&ab_channel=InstitutConcorde .


(16) Idem.


(17) WIA Philanthropy, Roland BERGER, L’entrepreneuriat en Afrique : une voie vers l’émancipation des femmes ?, septembre 2018 ; WIA Philanthropy, Roland BERGER, Accélérer la dynamique entrepreneuriale des femmes en Afrique : améliorer à l’accès au financement pour améliorer la dynamique entrepreneuriale, novembre 2020.

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