Entre pouvoir réel et dépendance hiérarchique envers le président : quelle place pour le Premier ministre en Afrique ?

Le Premier ministre en Afrique : contrepoids institutionnel ou marionnette au service du Président ? La question dérange, mais elle mérite d’être posée.

Analyse dans le cadre du projet SCATT-BRIDGE

INTRODUCTION

Le thème de la démocratie en Afrique a fait et continue de faire couler beaucoup d’encre. Aujourd’hui, plus de trois décennies après des conférences nationales en Afrique(1), la pratique de la démocratie au sein de ce continent suscite de nombreuses interrogations, notamment en raison de la recrudescence des coups d’État. En effet, le continent africain a connu une augmentation significative des coups d’État ces dernières années(2) au cours desquels des militaires ont pris le pouvoir en Guinée (Conakry), au Tchad, au Soudan, au Mali et au Gabon, pour ne prendre que ces exemples. 

Ce constat révèle la problématique de l’effectivité de la démocratie en Afrique et alimente le débat du mimétisme auquel l’Afrique a été sujette par rapport à ces anciens colonisateurs au lieu de penser et d’établir son propre modèle de gouvernance. Quoiqu’il en soit, en théorie, c’est le régime démocratique qui est en vigueur sur l’ensemble du continent. Dans la pratique, nous verrons avec la fonction du Premier ministre, comment se met en place une instrumentalisation du régime démocratique parlementaire (ou semi-parlementaire) au profit d’un président fort et autoritaire.

La démocratie est couramment définie comme le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple(3), le régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, qui l’exerce soit directement, soit indirectement par l’intermédiaire de représentants élus, selon le principe fondamental de la souveraineté populaire. Elle repose sur plusieurs piliers essentiels : la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) ; la tenue régulière d’élections libres et pluralistes ; le respect de l’État de droit ; la garantie des libertés fondamentales (expression, association, presse, conscience, etc.) ; la participation citoyenne aux décisions publiques ; et la redevabilité des gouvernants.

Au sein des régimes démocratiques, nous distinguons, entre autres, le régime présidentiel et le régime parlementaire. C’est ce dernier qui nous intéresse, car il a pour ambition de donner l’essentiel des pouvoirs exécutifs au Premier ministre en tant que chef du gouvernement responsable devant le Parlement. 

Si l’organisation politico-institutionnelle des États d’Afrique noire francophone s’est initialement structurée, à la veille des indépendances, autour de la fonction de Premier ministre, cette dernière a été progressivement reléguée au second plan, voire supprimée, au lendemain des indépendances, au profit d’une hyper-concentration du pouvoir présidentiel. 

Cette fonction est soumise aux aléas des dynamiques politiques et aux mutations constitutionnelles successives. Elle a connu des cycles de disparition et de résurgence, avant d’être réhabilitée, dans nombre de pays, au début des années 1990, sous l’impulsion des mouvements de démocratisation et du renouveau constitutionnel sur le continent. Rétabli dans le contexte des transitions politiques en Afrique, la fonction de Premier ministre constitue un outil essentiel de limitation des régimes hyper présidentialisés et un véritable instrument effectif de démocratisation(4).

Hérité du modèle parlementaire britannique du XVIIe siècle, le Premier ministre en Afrique échappe de manière générale dans sa réalité contemporaine, aux schémas classiques du régime parlementaire. Il mérite donc une analyse contextualisée. Car ce que l’on observe aujourd’hui, c’est moins la consolidation d’un contre-pouvoir que la perversion d’une fonction initialement conçue pour équilibrer les forces au sommet de l’État. L’exemple récent du Togo est particulièrement révélateur(5). En effet, avec l’adoption récente d’une nouvelle Constitution, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 38 ans, troque officiellement son titre de président pour celui de Premier ministre, tout en conservant, dans les faits, l’ensemble des leviers du pouvoir. Ce glissement n’est rien d’autre qu’une stratégie de continuité autoritaire sous des habits institutionnels renouvelés. Ce cas illustre crûment comment la fonction de Premier ministre peut être détournée de sa vocation démocratique pour servir les intérêts d’un pouvoir personnel et patrimonial.

Dans ce contexte, il devient impératif de réinvestir l’analyse de cette fonction à partir des réalités africaines contemporaines, de dénoncer ses usages dévoyés et de réaffirmer sa place comme pilier potentiel d’un véritable équilibre institutionnel au service des peuples.  Alors que le poste de Premier ministre a été conçu comme un mécanisme d’équilibre dans les systèmes politiques, sa mise en œuvre en Afrique révèle une ambivalence. En effet, entre symbole d’une volonté d’hyper concentration du pouvoir présidentiel et d’instrument de contrôle aux mains du chef de l’État, il est nécessaire de questionner la capacité réelle du Premier ministre africain à incarner une véritable figure politique, notamment dans un contexte politique favorisant la présidentialisation des régimes politiques.

Afin de mieux comprendre cette dynamique, il est nécessaire d’examiner, d’une part, les fondements institutionnels qui permettent théoriquement au Premier ministre d’incarner un contre-pouvoir dans les régimes africains (Partie 1), avant d’analyser, d’autre part, les pratiques politiques qui tendent à le subordonner au Président, le réduisant à une fonction instrumentalisée dans un contexte de consolidation du pouvoir exécutif (Partie 2).

PARTIE 1. LE PREMIER MINISTRE AFRICAIN : UN CONTRE-POUVOIR INSTITUTIONNALISÉ

Dans cette première partie, l’on traitera de la portée institutionnelle du Premier ministre dans les régimes africains, en tant que figure susceptible d’incarner un contre-pouvoir au sein de l’exécutif. Il s’agit de retracer l’évolution générale de cette fonction à travers le continent, afin de mieux cerner les dynamiques politiques et institutionnelles qui l’ont façonnée. Ensuite, il importe d’analyser le cas spécifique du Cap-Vert, où la fonction de Premier ministre, loin d’affaiblir le pouvoir présidentiel, semble plutôt renforcer ses attributs, illustrant ainsi un usage stratégique de cette institution dans un contexte d’hyper concentration du pouvoir présidentiel.

1. L’évolution générale de la fonction de Premier ministre en Afrique

Le régime parlementaire est un système de séparation souple des pouvoirs(6). Il est plus pertinent de considérer que ce système se caractérise par une certaine forme de collaboration et de dépendance réciproque entre le gouvernement et le Parlement sous l’arbitrage plus ou moins formel du chef de l’État(7). C’est donc un régime dans lequel ce n’est pas tant le Parlement qui gouverne que le binôme qu’il forme avec le gouvernement. La collaboration et la dépendance vont se décliner par des procédures de révocabilité mutuelle, c’est-à-dire la mise en jeu de la responsabilité gouvernementale et le droit de dissolution. Dans un régime parlementaire, le Premier ministre constitue le personnage clé du système politique. Il doit son mandat au soutien du Parlement, lui-même constitué d’élus parlementaires. À la tête du gouvernement, il est donc responsable devant le Parlement.

Dès les origines du constitutionnalisme en Afrique noire francophone, la fonction de Premier ministre a été pensée comme un instrument de transition, hérité du parlementarisme colonial. Introduite à la faveur des lois d’autonomie de la fin des années 1950, notamment la loi-cadre Defferre(8), cette fonction visait à préparer les colonies à l’auto-administration. Toutefois, avec les indépendances des années 1960, les nouveaux États ont rapidement rompu avec ce modèle en optant pour des régimes présidentialistes. Pourquoi ? Pour construire un État fort, unifié et centralisé, apte à répondre aux défis du développement. 

Or, il sied de noter que malgré son importation, le régime parlementaire, en encourageant la coopération entre l’exécutif et le législatif, apparaît ainsi plus proche des pratiques politiques endogènes que ne l’est le régime présidentiel, plus vertical(9). Ce recentrage autour du Président de la République s’est traduit par la suppression du poste de Premier ministre dans de nombreux pays, instaurant un exécutif monocéphale dominé par un chef d’État tout-puissant. Ce glissement a marqué le passage d’un constitutionnalisme de transition à un constitutionnalisme d’affirmation souveraine, souvent au prix de l’équilibre des pouvoirs. 

Puis, lors des transitions démocratiques en Afrique francophone, les constituants africains ont utilisé la voie du parlementarisme dualiste avec la re-création de la fonction du Premier ministre pour atténuer les pouvoirs présidentiels. Cette idée est réaffirmée lors des conférences nationales où des Premiers ministres vont être plus ou moins imposés au chef de l’État par les conférenciers. En conséquence, le rythme d’adoption des Constitutions nouvelles ou révisées est considérable. On peut citer celle du : 2 décembre 1990 (Bénin); 8 décembre 1990 (Congo); 26 mars 1991 (Gabon) ; 2 juin 1992 (Burkina Faso) ; 24 juin 1991 (Niger) ; août 1991 (Mali) ; 14 octobre 1992 (Togo) ; 14 avril 1996 (Tchad). Ce recentrage sur le Premier ministre se traduit mécaniquement par l’affirmation d’une « dualité de l’exécutif », laquelle apparaît rapidement comme l’un des mécanismes de rationalisation nécessaires au passage à l’État de droit. L’enjeu qui en découle est alors de savoir s’il va y avoir une répartition horizontale des compétences entre les deux têtes avec une prééminence formelle du Président de la République (exemple au Togo(10)) ; ou le maintien d’une prééminence réelle du Président (exemple au Cameroun(11)), avec un Premier ministre simple exécutant(12). 

Au Bénin, par exemple, la fonction de Premier ministre a été instaurée en dehors du cadre constitutionnel. L’alinéa premier de l’article 54 consacre un monocéphalisme de l’exécutif : « le Président de la République est le détenteur du pouvoir exécutif. Il est le chef du Gouvernement, et à ce titre, il détermine et conduit la politique de la nation. Il exerce le pouvoir règlementaire ». Toutefois, par voie de décret, sera créé le poste de Premier ministre au Bénin. En effet, le 4 octobre 1996 est pris le décret n°96440 portant création, organisation, attribution et fonctionnement du poste de Premier ministre chargé de la coordination de l’action gouvernementale et des relations avec les institutions. L’article 54, alinéa 3 de la constitution dispose que le Président de la République nomme, après avis consultatif du bureau de l’Assemblée nationale, « les membres du Gouvernement ». Selon le Professeur AHADZI-NONOU Koffi, « au Bénin, la soumission (du Premier ministre) est plus prononcée puisque c’est par décret présidentiel que le poste de Premier ministre a été créé. Le chef de l’État peut tout aussi librement le supprimer, ce qui lui assure une plus grande allégeance personnelle du titulaire »(13). 

2. La fonction de Premier ministre comme contrepoids au pouvoir présidentiel : l’exemple du Cap-Vert

Dans la pratique, certaines constitutions africaines ont su implanter et préserver la fonction de Premier ministre comme pilier central du pouvoir exécutif. Ces cas, bien que minoritaires sur le continent, illustrent la possibilité d’une architecture institutionnelle équilibrée où le chef du gouvernement joue un rôle de contre-pouvoir effectif. Il est frappant de constater que ces expériences réussies se retrouvent principalement dans des États de tradition juridique anglophone ou lusophone. 

Le Cap-Vert offre une illustration particulièrement intéressante de la manière dont la fonction de Premier ministre peut être institutionnalisée dans un régime parlementaire, sans pour autant s’imposer comme le centre de gravité incontesté du pouvoir exécutif. Ce pays, souvent cité comme un exemple de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest(14), a en effet opté pour un modèle de gouvernance fondé sur la séparation des pouvoirs, dans lequel le Premier ministre occupe formellement la position de chef du gouvernement(15). 

L’équilibre institutionnel capverdien révèle une architecture marquée par un partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le Premier ministre. Par exemple, concernant les compétences du Président, il peut « présider le Conseil des Ministres, à la demande du Premier ministre »(16) ; « nommer et révoquer les membres du Gouvernement, sur proposition du Premier ministre » ; « Les actes du Président de la République doivent être réalisés sur proposition du Gouvernement ou après l’avoir consulté sont contresignés par le Premier ministre, sous peine d’inexistence juridique ». Ces dispositions suggèrent, en théorie, une interdépendance organique au sein de l’exécutif. Nous observons un Premier ministre archétype du régime parlementaire avec de réelles limitations des pouvoirs du chef de l’État. En effet, le Président ne peut agir sans le consentement du Premier ministre. 

Dans la pratique, le Président conserve une influence politique non négligeable, notamment en matière de diplomatie, de nomination aux hautes fonctions de l’État et de régulation des crises politiques. Le Parlement national constitue un contre-pouvoir réel face au Premier ministre, en raison de sa capacité à lui retirer sa confiance par voie de motion de censure ou de rejet du programme gouvernemental. En outre, le fonctionnement du pouvoir exécutif au Cap-Vert révèle deux réalités contrastées quant au rôle du Premier ministre. D’une part, le régime parlementaire cap-verdien est stabilisé. En effet, le Premier ministre exerce une autorité gouvernementale encadrée, sous le contrôle du Parlement, tandis que le président de la République assume un rôle essentiellement symbolique et limité, n’agissant que sur proposition ou avec le contreseing du Premier ministre. D’autre part, ce dernier ne constitue pas un contre-pouvoir au sein de l’exécutif, mais plutôt le cœur du pouvoir exécutif, dans un système où les équilibres institutionnels sont respectés. 

En période de cohabitation, les prérogatives du Premier ministre peuvent se renforcer. En revanche, en situation d’unité politique lorsque le Président et la majorité parlementaire appartiennent au même camp, l’hyper concentration du pouvoir présidentiel peut se manifester de façon plus subtile, reléguant le chef du gouvernement à un rôle d’exécutant. Ainsi, le Cap-Vert illustre la complexité des régimes politiques parlementaires. En effet, même au sein d’un régime parlementaire bien établi, le statut du Premier ministre peut être redéfini à l’aune des pratiques politiques, des cultures institutionnelles et des configurations partisanes.  

Ce constat invite à dépasser la lecture strictement normative des Constitutions africaines et à interroger les mécanismes concrets de répartition et de contrôle du pouvoir. Dans ce contexte, le Premier ministre capverdien, loin d’être une figure neutralisée, incarne un pouvoir régulé, parfois fragilisé, mais inséré dans un écosystème institutionnel résolument démocratique. 

PARTIE 2. LE PREMIER MINISTRE AFRICAIN : UNE FIGURE SUBORDONNÉE ET INSTRUMENTALISÉE

Afin de mieux comprendre les dynamiques politiques autour de la fonction de Premier ministre en Afrique, il convient d’analyser dans un premier temps les formes de manipulation institutionnelle auxquelles elle a pu être soumise. Dans un second temps, nous examinerons les conséquences de cette instrumentalisation sur l’équilibre des pouvoirs et la stabilité des régimes politiques.

1. La subordination du Premier ministre au pouvoir présidentiel

La fonction de Premier ministre est souvent présentée, dans les discours politiques comme dans les manuels de droit constitutionnel, comme un mécanisme naturel de limitation du pouvoir présidentiel dans les régimes à exécutif bicéphale. Cette perception repose sur l’idée que la séparation des fonctions entre le Président de la République et le chef du gouvernement garantirait par elle-même, un équilibre des pouvoirs et une forme de régulation interne au sein de l’exécutif. Or, l’expérience politique africaine en général démontre que cette vision est largement illusoire notamment dans les régimes présidentialisés d’Afrique francophone où la primature est souvent réduite à une fonction de coordination administrative ou à un simple relais des directives présidentielles(17).

Le cas du Gabon est à cet égard révélateur. Bien que les précédentes constitutions aient toujours prévu un Premier ministre chargé de diriger l’action du gouvernement, cette fonction est demeurée, dans les faits, subordonnée au Président de la République, qui conservait l’initiative exclusive en matière de politique nationale. Désormais, la nouvelle Constitution, adoptée à la suite de la transition, a officiellement supprimé le poste de Premier ministre, consacrant ainsi une réalité politique déjà ancienne concernant la marginalisation progressive du chef du gouvernement dans la hiérarchie de l’exécutif.

Aucun titulaire de la fonction n’a jamais incarné une véritable autonomie décisionnelle ni un contrepoids à la présidence. L’exercice du pouvoir est resté centré sur le chef de l’État qui désigne et révoque le Premier ministre à sa convenance, préside les conseils des ministres et détient le contrôle absolu de l’agenda gouvernemental.

Cette subordination est d’autant plus frappante que des opportunités politiques auraient pu permettre un rééquilibrage. Ainsi, lors des élections législatives, certaines figures comme Pierre Mamboundou, candidat influent, ont tenté d’incarner une alternative politique. En promettant une rupture avec les pratiques centralisatrices du pouvoir, il affirmait : « votez pour moi et votre vie changera dès septembre ». Derrière cette promesse se profilait la possibilité d’une majorité parlementaire capable de peser sur la formation du gouvernement et, potentiellement, d’imposer un Premier ministre doté d’une légitimité politique propre. Mais cette dynamique ne s’est jamais concrétisée. 

Cette situation met en lumière un paradoxe : dans les régimes africains à façade bicéphale, l’existence d’un Premier ministre, même adossée à une majorité parlementaire, ne garantit nullement un rééquilibrage du pouvoir exécutif. La concentration des pouvoirs entre les mains du chef de l’État est souvent rendue possible par une lecture opportuniste des textes constitutionnels, mais aussi par une culture politique profondément marquée par la centralisation et la personnalisation du pouvoir. Dans ce contexte, le Premier ministre apparaît moins comme un acteur politique autonome que comme un prolongement fonctionnel de la présidence. Le cas du Gabon n’est donc pas isolé, mais emblématique d’un phénomène plus large de neutralisation institutionnelle de la primature dans de nombreux régimes africains. 

Ce constat n’est pas propre à l’Afrique. En France, lors des élections législatives de 2022, le parti politique La France insoumise est arrivé en tête de l’opposition, mais Emmanuel Macron a refusé de nommer un Premier ministre issu de cette majorité relative(18). Cela a réactivé le débat sur la portée réelle du poste de Premier ministre dans les régimes présidentialisés où le chef de l’État conserve, même en période de cohabitation ou de majorité fragile, la main sur l’essentiel des leviers institutionnels. La comparaison avec la France se justifie ici dans la mesure où, bien que relevant d’un régime semi-présidentiel établi, ce cas illustre lui aussi les limites du rôle du Premier ministre dans un contexte de présidentialisation du pouvoir exécutif. De surcroit, cette comparaison démontre que les maux autours de cette fonction se retrouvent hors du continent africain. 

Du Gabon à la France, la fonction de Premier ministre, loin d’être intrinsèquement un contre-pouvoir, dépend entièrement de la volonté politique du Président et de la robustesse des institutions. Elle peut devenir un levier de réforme, un point d’équilibre ou au contraire, un poste neutralisé. Dans la majorité des cas africains, y compris au Gabon, elle n’a jamais été pensée ni exercée, comme une source réelle de contre-pouvoir.

Le Cameroun constitue un autre exemple éloquent de l’effacement progressif du Premier ministre face à un pouvoir présidentiel hyper-concentré. Depuis la réforme constitutionnelle de 1996, le pays est officiellement doté d’un régime à exécutif bicéphale dans lequel le Premier ministre est censé être le chef du gouvernement chargé de diriger l’action de celui-ci(19). Pourtant, en pratique, cette disposition est purement nominale. Le président Paul Biya au pouvoir depuis plus de quatre décennies a façonné un système où le Premier ministre n’est qu’un exécutant administratif sans réel pouvoir d’impulsion ni marge d’autonomie politique. Il ne préside pas les conseils des ministres, ne choisit pas librement les membres du gouvernement, et n’oriente pas la politique nationale. Toutes ces prérogatives relèvent directement de la présidence.

Toujours au Cameroun, la nomination de Joseph Dion Ngute en 2019 comme Premier ministre a confirmé cette tendance. Malgré un contexte de crise anglophone aiguë, sa désignation ne visait pas à autonomiser le gouvernement mais à donner une façade inclusive à un système profondément centralisé. Aucun des Premiers ministres successifs, depuis Sadou Hayatou jusqu’à Philemon Yang, n’a jamais constitué un véritable contre-pouvoir au président. Tous ont été soigneusement sélectionnés pour leur loyauté et leur fonction se limite essentiellement à la gestion technique des affaires courantes, sans capacité d’initiative ni indépendance politique.

C’est surtout dans les contextes de crise politique que se révèle avec le plus de netteté la fragilité structurelle de la fonction de Premier ministre dans de nombreux régimes africains. Le Premier ministre devient souvent une figure marginalisée, voire instrumentalisée, au service du pouvoir présidentiel. Les tensions, conflits de légitimité ou blocages institutionnels qui surviennent lors de cohabitations politiques ou de transitions révèlent à quel point cette fonction est dénuée d’autonomie réelle et de capacité à structurer une réponse institutionnelle pluraliste.

Au Niger, où le régime politique est « semi-parlementaire », l’article 73 de la Constitution dispose que : « Le Premier ministre est le chef du Gouvernement. Il dirige, anime et coordonne l’action gouvernementale ». Toutefois, en pratique, le Premier ministre ne peut pas effectivement jouer son rôle car l’article 47 de la Constitution dispose que : « Le président de la République nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions ».  Avec quatre Premiers ministres et deux motions de censure, de 1993 à 1995, le Niger présente le tableau noir du bicéphalisme de l’exécutif des années 1990 en Afrique noire francophone. Le Président se sert de son pouvoir de nomination pour diviser une majorité parlementaire fragile. 

2. L’instrumentalisation de la fonction de Premier ministre

On assiste à une véritable instrumentalisation du Premier ministre en Afrique dans un grand nombre de régimes. Son rôle est diminué et perpétuellement remis en question par des révisions constitutionnelles. On peut citer le cas du Sénégal. Le 17 avril 2019, le conseil des ministres a voté un projet de loi supprimant le poste de Premier ministre. Il sera rétabli vingt mois après sa suppression.  En Angola, la fonction de Premier ministre est abolie par la nouvelle Constitution de 2010. Le Président de la République est en même temps le chef du gouvernement. La nouvelle constitution prévoit également la fonction de vice-président de la République dont les fonctions sont cependant assez limitées. 

Un autre exemple en Afrique de l’Ouest. Aux termes de l’article 78 de la constitution togolaise, « le Premier ministre est le chef de gouvernement. Il dirige l’action du Gouvernement et coordonne les fonctions des autres membres du Gouvernement. (…)». L’article 79 de la constitution togolaise précise que le Premier ministre « assure l’exécution des lois ». Toutefois, la révision constitutionnelle de 2002 avait profondément affaibli la fonction de Premier ministre au Togo, en la cantonnant à un rôle de simple coordonnateur et d’exécutant de la politique définie par le chef de l’État, lequel déterminait en dernier ressort la politique nationale. Cette configuration a été modifiée en 2024 avec la révision constitutionnelle qui instaurait un système parlementaire et conférait théoriquement au Premier ministre un rôle exécutif central(20). Cependant, il convient de souligner que l’ancien président, Faure Gnassingbé, occupe désormais ce poste en raison de la limitation des mandats présidentiels(21). Cette situation démontre que l’attribution de pouvoirs réels à la fonction de Premier ministre peut être instrumentalisée à des fins politiques : la simple réforme constitutionnelle ne suffit pas à garantir un véritable partage du pouvoir exécutif, qui exige avant tout une volonté politique de redistribution effective des responsabilités entre les acteurs de l’exécutif. 

3. Un impact sociologique profond : vers un désenchantement démocratique

Selon les dernières données d’Afrobarometer de 2024, la confiance des citoyens africains dans les institutions politiques est en nette diminution. La présidence, le Parlement, les partis politiques et les cours de justice affichent tous des taux de confiance inférieurs à 50 %, avec des baisses respectives de 12 à 19 points en à peine une décennie(22). Cette crise de légitimité se reflète également dans les comportements électoraux : au Nigeria, par exemple, les élections générales de 2023 ont enregistré l’un des taux de participation les plus faibles du continent(23), tandis qu’en Afrique du Sud, le taux de vote est tombé à environ 58 % en 2024(24), contre près de 80 % en 2009(25). Les jeunes générations, en particulier, semblent désabusées. Une enquête menée dans 16 pays africains en 2024 montre une perte de confiance généralisée chez les 18-24 ans envers presque toutes les autorités institutionnelles, à l’exception relative des chefs religieux(26). 

Ces données confirment que la divergence croissante entre les normes constitutionnelles et les pratiques politiques se concrétise, notamment, dans l’usage politique de la fonction de Premier ministre. 

Le Premier ministre, dans un régime parlementaire ou semi-présidentiel devrait symboliser une articulation dynamique entre légitimité populaire et efficacité administrative. Or, lorsqu’il devient un simple prolongement du chef de l’État, sans marge de manœuvre ni responsabilité politique véritable, il cesse d’incarner cette promesse démocratique. Cette vacuité institutionnelle renforce une perception largement partagée selon laquelle les règles constitutionnelles sont malléables à volonté et que la séparation des pouvoirs n’est qu’un leurre destiné à masquer une concentration du pouvoir entre les mains d’un cercle restreint.  

Cette dissonance entre les normes formelles et les pratiques réelles produit un effet corrosif sur la culture politique. Elle installe, particulièrement chez les jeunes générations, une forme de cynisme à l’égard des processus électoraux, des mécanismes de redevabilité, et de l’idée même de service public. Le sentiment que « rien ne change, quel que soit le gouvernement » devient un refrain généralisé, minant toute mobilisation citoyenne et favorisant l’abstention ou le retrait du champ politique(27). Pire encore, ce désenchantement alimente parfois une nostalgie autoritaire dans laquelle la stabilité l’emporte sur la démocratie.

Pourtant, cette crise de confiance ne peut être interprétée comme la preuve d’une incompatibilité culturelle entre l’Afrique et la démocratie. Comme le rappelle avec force le professeur Jean-François Akandji Kombe(28), « la démocratie n’est pas un concept blanc » : elle ne relève pas d’un monopole civilisationnel, mais porte des valeurs universelles – dialogue, participation, redevabilité, justice – que l’on retrouve aussi bien dans les sociétés traditionnelles africaines que dans les expériences modernes de gouvernance sur le continent. L’aspiration à un pouvoir partagé et à une gestion équitable des affaires publiques est bien présente, enracinée dans l’histoire et les pratiques communautaires(29).

Le désenchantement démocratique ne résulte donc pas d’un rejet de la démocratie en soi, mais d’un constat d’échec face à des promesses non tenues. L’instrumentalisation de la fonction de Premier ministre, loin d’être un simple jeu d’appareil, devient le symbole visible d’un décalage entre l’idéal démocratique proclamé et la réalité politique vécue. 

Avant de conclure, il convient de nuancer l’analyse critique de la présidentialisation du pouvoir en Afrique en intégrant des lectures qui en soulignent les vertus, notamment en termes de stabilité et d’efficacité gouvernementale. Le cas du Rwanda, souvent cité en exemple sur le continent, illustre cette perspective. Sous la présidence de Paul Kagame, le pays a adopté un modèle hyper présidentialiste dans lequel le Premier ministre, bien que présent, exerce des fonctions essentiellement techniques, subordonnées à la vision présidentielle. Ce choix institutionnel est justifié, dans le discours officiel comme dans certaines analyses, par la nécessité de reconstruire un État fort et cohérent après le génocide de 1994(30). L’argument avancé est que la concentration du pouvoir entre les mains d’un exécutif resserré a permis de conduire des réformes économiques rapides, de restaurer l’autorité publique et de garantir une certaine stabilité politique dans un contexte post-conflit particulièrement fragile. Pour certains observateurs(31), la présidentialisation n’est donc pas en soi un dysfonctionnement démocratique, mais peut constituer une réponse pragmatique aux défis spécifiques que rencontrent certains États africains. Cela invite à dépasser une lecture normative des institutions pour considérer les logiques contextuelles qui façonnent leur fonctionnement réel.

CONCLUSION

L’instrumentalisation de la fonction de Premier ministre en Afrique ne se limite pas à une simple dérive institutionnelle. En effet, elle façonne, en profondeur, l’imaginaire politique des sociétés africaines contemporaines. Le détournement stratégique de cette fonction, censée incarner un pouvoir exécutif équilibré et responsable, engendre une véritable crise de confiance envers les institutions. À mesure que se succèdent remaniements arbitraires, nominations de convenance ou révocations sans explication claire, c’est l’idée même de gouvernance démocratique qui se délite dans l’opinion publique.

Cependant, l’analyse ne doit pas se limiter à la seule dépendance hiérarchique du Premier ministre envers le président. Dans plusieurs contextes africains, le Premier ministre détient également un pouvoir réel, souvent implicite, qui ne transparaît pas clairement dans les études institutionnelles classiques. Des situations de conflit entre le Premier ministre et le président, comme celles observées au Sénégal actuellement ou au Niger en 1995, montrent que cette fonction peut, dans certaines configurations politiques, se transformer en instrument de négociation ou de contrepoids. De plus, la fonction d’arbitrage du juge constitutionnel entre les deux organes apparaît déterminante lorsque les rapports président-Premier ministre se situent dans une logique de subordination stricte. 

Ainsi, comprendre la fonction de Premier ministre en Afrique nécessite de dépasser l’analyse de sa seule subordination : il s’agit d’appréhender à la fois les pouvoirs effectifs, les rapports de conflit et de négociation et les mécanismes institutionnels d’arbitrage qui structurent le fonctionnement réel de l’exécutif africain.

Ouvrages et articles académiques :

  • BADINI Laurent Bado. Le parlementarisme africain : Essai sur la dynamique d’une greffe institutionnelle, L’Harmattan, 2004.
  • DARGENT Étienne. Les institutions politiques des États d’Afrique francophone. Paris : La Documentation française, 2010.
  • DJEGUE Raymond. « Le bicéphalisme en Afrique francophone : entre mythe et réalité », Revue africaine des sciences politiques, vol. 12, 2015, p. 27-45. 
  • INSIGHT Emerald, « Rwanda’s Structure of Power Will Sustain Kagame », Oxford Analytica Daily Brief, 28 mars 2016. Disponible en ligne : https://www.emerald.com/insight/content/doi/10.1108/OXAN-DB213625/full/html (consulté le 29 septembre 2025).
  • KOMBE Akanje. La démocratie et ses malentendus en Afrique. Dakar : CODESRIA, 2009.
  • KWASI Prempeh, H., « Progress and Retreat in Africa: Presidents Untamed », Journal of Democracy, vol. 19, n° 2, Avril 2008, pp. 109-123. 
  • MBO Jean-Claude. « Le Premier ministre africain : une figure politique ambivalente », Politique africaine, n°136, 2014, p. 77-96.
  • MOUSSA Mahamadou. Crises politiques et instabilité gouvernementale au Niger (1990-1996). Niamey : Université Abdou Moumouni, Mémoire de DEA, 1997.
  • NGOY Mujinga Joseph. Le bicéphalisme de l’exécutif dans les États francophones d’Afrique noire, L’Harmattan, 2006.

Sources juridiques :

  • Constitution de la République du Bénin, Loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 (révisée par la Loi n° 2019-40 du 07 novembre 2019).
  • Constitution de la République du Cap-Vert, adoptée en 1992.
  • Constitution de la République du Cameroun, adoptée en 1996.
  • Constitution de la République du Niger, adoptée en 2010.
  • Constitution de la République du Togo, adoptée en 1992.

Sources médiatiques

(1) Les Conférences nationales désignent, en Afrique francophone, une période de transition démocratique ayant
pris place dans les années 1990, et s'étant déroulée sous forme de conférences dans plusieurs anciennes colonies
françaises et belges, voir notamment : EBOUSSI BOULAGA Fabien, Les conférences nationales en Afrique
noire – une affaire à suivre, Karthala, 1993, 240 pages.

(2) International Crisis Group, Afrique de l’Ouest : prévenir le retour des coups d’État, Rapport Afrique n°311, 27
avril 2023.

(3) Abraham Lincoln, Discours de Gettysburg, 19 novembre 1863 : « La démocratie, c’est le gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple ».

(4) Des auteurs distinguent trois grandes périodes du mouvement constitutionnel de l'Afrique noire indépendante.
Aux indépendances, les constitutions étaient d’inspirations parlementaires. Lors de la deuxième phase, ces
constitutions d'inspiration parlementaire allaient être remplacées par des constitutions d’inspiration
présidentielle. Puis, s'ensuit une période marquée par une instabilité politique, avec des coups et tentatives de
coups d'État militaires. À partir des années 1990, émergent des constitutions libérales, reposant sur la séparation
des pouvoirs et le multipartisme politique. Toutefois, sur la question du choix de régime, d’une part, certains
pays se sont tournés vers le régime parlementaire, par peur d’une personnalisation et personnification du chef de
l’État. D’autre part, certains pays ont rejeté le modèle parlementaire, par peur des affrontements au sein du
bicéphalisme. Voir notamment AHADZI Koffi, « Les nouvelles tendances du constitutionnalisme africain : le cas
des États d'Afrique noire francophone », pp. 35-38.

(5) France 24, Au Togo, Faure Gnassingbé consolide son pouvoir en devenant président du Conseil des ministres, 3
mai 2025, en ligne : https://www.france24.com/fr/afrique/20250503-togo-faure-gnassingbe-consolide-son-
pouvoir-president-conseil-ministres-constitution

(6)  DUHAMEL Olivier, MENY Yves, Dictionnaire Constitutionnel, PUF, Paris 1992.

(7) MATRAVERS Lord Philips, « La constitution du Royaume -Uni », Cahier du conseil constitutionnel, 2009,
hors-série. 

(8) Loi n° 56-619 du 23 juin 1956 portant loi-cadre relative aux territoires d’outre-mer, dite loi-cadre Defferre,
Journal officiel de la République française, 24 juin 1956, p. 5647.

(9) Ndiaye, Babacar, « Le régime parlementaire et les pratiques politiques africaines : vers une hybridation
institutionnelle ? », Revue africaine de science politique, n°12, 2004, pp. 33-57.

(10) Au Togo, la Constitution de 1992 prévoit l’existence d’un Premier ministre nommé au sein de la majorité
parlementaire. Lors de la cohabitation de 1994, Edem Kodjo, nommé Premier ministre par le président
Gnassingbé Eyadéma, devait incarner un équilibre politique. Toutefois, cette tentative de partage a été mise à
mal par des manœuvres présidentielles destinées à diviser l’opposition.

(11) Au Cameroun, bien que la Constitution de 1996 institue un Premier ministre, celui-ci est nommé par le
Président sans obligation de tenir compte de la majorité parlementaire. Paul Biya conserve la présidence du
Conseil des ministres et décide seul de la politique nationale. Le Premier ministre n’a qu’un rôle d’exécution.
Plusieurs Premiers ministres, comme Joseph Dion Ngute ou Philémon Yang avant lui, ont vu leur influence
limitée, sans autonomie stratégique.

(12) HOURQUEBIE Fabrice, « Quel statut constitutionnel pour le chef de l’État africain », Afrique contemporaine,
n°242, 2012, pp 73-86.

(13) AHADZI-NONOU, Koffi, Essai de réflexion sur les régimes de fait : le cas du Togo, Thèse de doctorat d’État
en droit, Université de Poitiers, 1985.

(14) Freedom House, Freedom in the World 2023 – Cabo Verde, Washington, 2023.

(15) Lopes, José Maria, « Le système politique cap-verdien : entre rationalisation parlementaire et stabilité
démocratique », Revue africaine des sciences politiques, vol. 8, n°2, 2018, pp. 75-92.

(16) Constitution de la république du Cap-Vert, art. 147, al 2.

(17) KOKOROKO Dodzi, « La présidentialisation des régimes politiques en Afrique francophone : entre textes et
pratiques », Afrique contemporaine, n° 242, 2012, pp. 87‑103.

(18) Le Monde, « Choix du Premier ministre : “Le chef de l'État n’a aucune obligation juridique, la logique
politique prévaut” », 9 juillet 2024, [en ligne] : https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/07/09/choix-du-
premier-ministre-dans-notre-regime-le-chef-de-l-etat-n-a-aucune-obligation-juridique-la-logique-politique-
prevaut_6248088_823448.html (consulté le 19 août 2025).
Le Monde, « À l’Assemblée nationale, une semaine d’échéances décisives, sans majorité ni gouvernement », 15
juillet 2024, [en ligne] : https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/07/15/a-l-assemblee-nationale-une-
semaine-d-echeances-decisives-sans-majorite-ni-gouvernement_6250221_823448.html (consulté le 19 août
2025).

(19) Constitution de la République du CapVert, adoptée le 25 septembre 1992, révisée en 1995, 1999 et 2010 :
instaure un système de gouvernement où le Premier ministre est officiellement chef du gouvernement chargé de
diriger l’action exécutive.

(20) Library of Congress, Togo : nouvelle Constitution promulguée, Global Legal Monitor, mai 2024. En ligne :
https://www.loc.gov/item/global-legal-monitor/2024-05-16/togo-new-constitution-
promulgated/?utm_source=chatgpt.com

(21) Togo First, Faure Gnassingbé devient le premier président du Conseil du Togo sous la nouvelle Constitution, 6
mai 2026. En ligne :  https://www.togofirst.com/en/politics/0605-16270-faure-gnassingbe-becomes-first-
president-of-togo-s-council-under-new-constitution?utm_source=chatgpt.com

(22) Afrobarometer, Across Africa, public trust in key institutions and leaders is weakening, Rapport n° AD891,
2024. En ligne : https://www.afrobarometer.org/publication/ad891-across-africa-public-trust-in-key-institutions-
and-leaders-is-weakening (consulté le 29 septembre 2025).

(23) Africa Polling Institute (API), Nigeria Social Cohesion Survey 2024. Abuja, 2024. Résumé disponible sur :
https://allafrica.com/stories/202507070076.html (consulté le 29 septembre 2025).

(24) PRABASHINI Moodley, « Voter turnout in constant decline since 2009 election : CSIR », SABC News, 1er juin
2024. En ligne : https://www.sabcnews.com/sabcnews/voter-turnout-in-constant-decline-since-2009-election-
csir/ (consulté le 29 septembre 2025).

(25) Independent Electoral Commission (IEC), Afrique du Sud. Voter turnout in constant decline since 2009
elections. Données citées dans : SABC News, 30 mai 2024. En ligne :
https://www.sabcnews.com/sabcnews/voter-turnout-in-constant-decline-since-2009-election-csir (consulté le 29
septembre 2025).

(26) Ichikowitz Family Foundation, African Youth Survey 2024. Johannesburg, 2024. Résumé dans IPP Media : «
Africa’s youth losing faith in authority », The Guardian (Tanzanie), 16 septembre 2024. En ligne :
https://www.ippmedia.com/index.php/the-guardian/features/read/africas-youth-losing-faith-in-authority-2024-
09-16-121002 (consulté le 29 septembre 2025).

(27) Selon un sondage mené par Afrobarometer, le soutien à la démocratie en Afrique a diminué de 7 points entre
2013 et 2023 (de 73 % à 66 %), soulignant une montée du désenchantement envers les institutions
gouvernementales. Cette désillusion conduit à un manque de confiance dans leur capacité à réellement
transformer les sociétés, entraînant une désaffection politique croissante.

(28) Le Point, « Ceux qui prétendent que la démocratie n’est pas africaine se trompent », Propos recueillis
par Viviane Forson, 7 juillet 2025. En ligne : https://www.lepoint.fr/afrique/ceux-qui-pretendent-que-la-
democratie-n-est-pas-africaine-se-trompent-07-07-2025-2593834_3826.php#11 (consulté le 20 août 2025).

(29) Nyerere, Julius, Citation sur la démocratie africaine, formulation inspirée de sa réflexion selon laquelle la
démocratie se comprend comme un processus décisionnel fondé sur la discussion collective, reflétant la tradition
démocratique des sociétés africaines. Il affirmait que « discuter d’un sujet jusqu’à ce que tout le monde soit
d’accord était l’essence même de la démocratie africaine traditionnelle ».

(30) Emerald Insight, « Rwanda’s Structure of Power Will Sustain Kagame », Oxford Analytica Daily Brief, 28 mars
2016. Disponible en ligne : https://www.emerald.com/insight/content/doi/10.1108/OXAN-DB213625/full/html
(consulté le 29 septembre 2025).

(31) KWASI Prempeh, H., « Progress and Retreat in Africa: Presidents Untamed », Journal of Democracy, vol. 19,
n° 2, avril 2008, pp. 109123. Dans cet essai, Prempeh discute de la tolérance que certains peuples montrent
envers un pouvoir présidentiel fort, en particulier dans des contextes où la stabilité, la croissance ou la sécurité
sont perçues comme dépendant d’un leadership centralisé.

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